En exclusivité, j’ai eu l’honneur d’interviewer Maurane NAIT MAZI ~ l’auteure de l’essai « Seconde main : une nouvelle économie des objets », sorti le 06 mars 2026. Si tu es amoureux·se ou pas de la seconde main, je t’invite à le lire pour comprendre ses nouveaux usages ! Parce que vois-tu, la seconde main a changé d’échelle, s’industrialise et se mondialise. « Là où la seconde main était censée réduire la consommation globale, elle peut, dans certains cas, l’encourager »*. De chez toi sur ton canapé à l’autre bout du monde, la vente de vêtements d’occasion ne cesse de croître. Son marché « se plateformise » grâce à nous, les femmes, qui dédions beaucoup de notre temps domestique aux tâches de conso-marchandisation, permettant d’arrondir pour certaines leurs fins de mois. Ça te parle peut-être ? Sans plus attendre, ce postulat qui bouleverse les idées reçues sur la seconde main…
BIOGRAPHIE DE L’AUTEURE ?
Crédit photo : Roxane De Almeida
Elle est juriste de formation, spécialisée en droit des biens et de consommation. Auparavant, elle a été professeure en droit privé et en droit de consommation pendant sept ans. Durant son cursus, elle a été amenée à former des commissaires-priseurs au droit de la vente aux enchères. En 2023, elle fonde CMCM dont elle est la directrice de publication ~ le premier média de la seconde main, délivrant une actualité dédiée au décryptage de ses nouveaux usages. Pour elle, la seconde main est une discipline à part entière. Ayant une appétence pour des travaux de recherche ~ qui dit quoi ? qui est le sachant ? ~ Maurane se lance dans l’écriture de l’essai « Seconde main : une nouvelle économie des objets » publié aux éditions Les Pérégrines : le fruit d’un travail d’investigation pendant ces trois ans. Elle me précise que « cet essai n’est pas un guide pratique » ! Il répond avant tout à ce questionnement « c’est quoi la seconde main ? ».
SON ENGOUEMENT POUR LA SECONDE MAIN ?
Cet engouement vient de son enfance, se désignant comme étant une « enfant panier à linge ». Sa maman échangeait des vêtements avec une autre maman qui avait une fille plus âgée qu’elle, ce qui lui permettait de réduire les frais de dépenses vestimentaires. Maurane évoque en avant-propos qu’elle s’est intéressée à la seconde main parce qu’elle se sentait oppressée par un amas d’objets inutilisés : « J’ai commencé à m’en séparer. J’ai donné, j’ai vendu. Ce geste tout d’abord pratique, s’est chargé d’un plaisir inattendu : voir un objet quitter ma vie tout en continuant la sienne ailleurs »*. Elle m’avoue qu’elle aime la seconde main. Elle procure une palette d’émotions allant ~ de la honte à la fierté ~. En fait, elle n’a que des bénéfices : « elle rompt avec la logique rapide de la consommation neuve : il faut fouiller et patienter »*. Elle offre la possibilité de s’habiller à moindre coût tout en réduisant ses impacts. Tandis que pour les marques, c’est une aubaine rêvée qui y voit le moyen de pouvoir verdir leur image en écoulant leurs invendus !
AU FAIT, C’EST QUOI LA SECONDE MAIN ?
Maurane avec sa casquette de juriste m’assure que la seconde main est plurielle, une alternative au neuf. […] « C’est un concept décliné en plusieurs variations »*. En effet, il est question « des seconde main »*, répondant à « une pluralité des pratiques, de valeurs, de temporalités : celle du don, du troc, de la revente, de la transmission, de l’enchère, de la récupération. Certaines sont marchandes et d’autres non […] »*. Elles ont des modes de ventes qui diffèrent : soit en présentiel (boutique, rue, festival, marché…) et/ou en ligne, s’inscrivant dans une certaine territorialité. Elles ne se sourcent pas toutes de la même manière : certaines se fournissent en dons de consommateur.rices (dépose directe et/ou vide-grenier) ou auprès des professionnels du recyclage textile, tel que Le Relais Atlantique ; d’autres en revente, c’est-à-dire achetés auprès de grossistes de seconde main tel que Eureka Fripe (36 000 m2 de stock disponible) ; pour certaines en invendu du neuf maquillé en seconde main, tel que Amazon Seconde Main dans la catégorie Mode (où tu peux affiner ta recherche). Ces mutations ne datent pas d’hier : « […] à mesure que le monde se transforme, l’expression se charge de nuances nouvelles, prises dans les tensions entre usage, valeur, statut et image »*.
SES USAGES ET SA NOUVELLE ÉCONOMIE ?
Pour Maurane, « la seconde main est un sujet généraliste » et non de niche. Pourquoi ? Parce que la seconde main recompose le marché de la vente de vêtements avec sa propre chaîne de valeurs. Elle se structure par « de nouveaux usages » ; par une économie de plateformes ; par sa pluralité de lieux de vente ; par ses flux et sa circularité ; par la performance de sa conso-marchandisation de « digital housewife »* avec un taux horaire dérisoire encore non reconnu ; par ses modes d’approvisionnement et de financement. Auparavant, l’occasion était perçue comme une « économie de l’ombre »*. Désormais, elle se consigne dans les mécanismes classiques de l’« économie de plateforme ». […] « Ce faisant, elle reconfigure en profondeur le marché secondaire : elle en modifie l’échelle, les régimes de confiance, les modalités de formation des prix, et la visibilité des biens, inscrivant ces échanges dans une économie numérique globalisée »*. D’après les propos de l’auteure, il est important de souligner que « ce marché secondaire est additionnel et pas substitutif au marché primaire », où « les frontières deviennent poreuses ».
CONSÉQUENCE ET/OU EFFET REBOND : LA CRISE DU TEXTILE FAIT SA CRISE ?
« Quantité versus qualité ! » Maurane la qualifie de structurelle dûe à cette accélération de surproduction d’une part conjointement liée d’autre part, à notre mode de consommation incitatif à la surconsommation et au renouvellement perpétuel de nos garde-robes. Par conséquent, le marché de la seconde main se voit saturé de vêtements de mauvaise qualité qui ne sont pas vendables, tirant davantage les prix vers le bas ! Les structures font face à cette non-rentabilité :
« le coût du travail excède le prix de vente final du vêtement d’occasion »*. Eh oui, ce qui coûte le plus cher, ce sont les tâches effectuées par les valoristes et les fripier·ères pour assurer la vente : la réception des dons ; les manutentions de tri ; le stockage ; l’inspection et l’entretien ; les prises de photos en cas de la revente en ligne, puis le temps de vente en présentiel et par la suite, la gestion des invendus.
QUELLES SERAIENT LES SOLUTIONS ?
Maurane a été très claire ! Elle n’est pas faiseuse de solutions… Elle décrypte et offre des clés pour prendre de la hauteur. Elle aborde le sujet sous l’angle de la régulation et de la nécessité d’investiguer les volumes mis sur le marché puis sur le second marché, afin de mieux comprendre les flux et les déséquilibres actuels. Pour une meilleure régulation, l’auteure croit fort en
la coopération d’acteurs à l’échelle locale.
Un immense merci à l’équipe du média CMCM pour le travail d’informations inédit sur la seconde main ~ une thématique qui nous tient toustes à cœur 💚 !
Je terminerai par le clin d’œil nantais fait par Maurane dans cet essai. Des structures et des personnes ont été citées : La Trocquerie (p.116-117), Dernière Main (p.107), Doriane ~ La fripe rebelle anciennement Présidente de Boug’ Ta Fripe (p. 59-60) et animatrice de l’émission radiophonique Revanche Textile sur les ondes de Prun’ ! En +, Maurane était présente au festival Chtiiing le jeudi 28 mai 2026 à 15h45 Halles 1&2 ~ table ronde avec Gautier Bedek sur la seconde main : la nouvelle vie des géants.

Références bibliographiques
* Introduction – p. 208-209 | Paragraphe 2 – p. 7 ; p. 158 | Paragraphe 3 – p. 20 ; p.19 | Paragraphe 4 – p. 95 ; p. 61 ; p. 62 |
Paragraphe 5 – p.
Contact
CMCM – Le média de la seconde main
Tu peux contacter Maurane à cette adresse
maurane@cm-cm.fr
Site internet : cm-cm.fr
Site de son éditeur : editionslesperegrines.fr
Compte LinkedIn de l’auteure : maurane nait mazi
Compte LinkedIn du média CMCM : cmcm-media-seconde-main

0 commentaires